Arrivé d’Algérie à trois ans, Patrick Bruel est l’enfant d’une époque – cette France des années 1960 qui, encore gamine, s’ébahit devant les tressaillements révolutionnaires de la jeunesse printanière. Il débarque à Argenteuil avant de déménager à Paris, où il commence à cultiver son éclectisme artistique : il écoute les Stones et Mozart, Brassens, Brel et Barbara, joue chaque année dans les pièces de théâtre du collège et apprend le piano au Conservatoire, qu’il répète le soir sur un instrument fictif dont il a dessiné les touches noires et blanches sur la toile cirée de la table de la cuisine. Après être allé voir, presque par hasard, un concert de Michel Sardou à l’Olympia – lui qui cherchait initialement des places pour un match de rugby !–, Patrick Bruel, sonné, en est convaincu : il veut devenir chanteur. Il récupère la guitare d’un ami et commence à jouer du Bob Dylan. Il a quinze ans.

Au sortir de l’adolescence, alors qu’il s’apprête à embarquer pour le Mexique où il doit être animateur dans un club de vacances, un coup de fil du réalisateur Alexandre Arcady, pour qui il a passé un casting presque sans y croire quelques mois plus tôt, vient bouleverser ses plans : il obtient son premier rôle au cinéma dans Le Coup de Sirocco (1979), qui réunit près d’un million et demi de spectateurs en salle. Après avoir collé lui-même les affiches de ce film au budget promo réduit à la portion congrue, il s’envole pour New York rejoindre sa copine avec le peu d’argent qu’il a ramassé au poker. Les retrouvailles avec elle seront de courte durée mais c’est le théâtre qui le retient un an outre-Atlantique : il apprend les bases de la méthode Stanislavski, croise Herbert Berghof et Uta Hagen au HB Studio et rencontre Gérard Presgurvic, qui deviendra un ami et un compagnon de route artistique.

Revenu à Paris pour passer les auditions de la pièce Le Charimari, de Pierrette Bruno, il est retenu pour interpréter le rôle principal qu’il joue à près de 500 reprises… en parallèle de son service militaire (1981-1982) ! Après avoir fait rire le public et séduit la critique, il fait ses premiers pas dans la musique en publiant Marre de cette nana-là (1984), vendu à 200 000 exemplaires. L’année suivante, il chante Comment ça va pour vous, qui devient l’un des tubes de l’été alors que sort, au même moment, P.R.O.F.S, son premier grand succès au cinéma avec 3 millions d’entrées.

En 1987, après un premier album, De face, vendu à seulement 15 000 exemplaires, il fait « chavirer d’évidence » l’Olympia, comme l’écrit joliment Claude Askolovitch dans un livre d’échanges qu’ils publient plus tard (Conversation, Plon, 2011). En quatre soirs, il conquiert le public parisien dans cette salle mythique où avait germé sa vocation une dizaine d’années plus tôt.

Après plusieurs premiers rôles au cinéma à la fin des années 1980, dans La Maison assassinée de Georges Lautner, L’Union sacrée d’Alexandre Arcady et Force majeure de Pierre Jolivet, il sort en 1989 son second album, Alors regarde, qui le propulse au firmament de la chanson française avec trois millions d’exemplaires vendus. Certains titres comme Casser la voix ou Place des grands hommes deviennent des classiques, repris en chœur par toute une génération. Patrick Bruel entame une tournée de plus de 130 dates, remplissant notamment à 14 reprises le Zénith de Paris et réunissant près d’un million de spectateurs. Il obtient la Victoire de la musique de l’artiste masculin de l’année en 1992 et poursuit sa carrière de comédien avec Toutes peines confondues de Michel Deville (1992) et Profil bas de Claude Zidi (1993).

En parallèle, à l’occasion d’un dîner organisé par Michel Rocard à Matignon, il fait la rencontre de Guy Carcassonne, professeur de droit et juriste de brio alors proche conseiller du Premier ministre. Une amitié fusionnelle et fraternelle naît entre les deux hommes, qui restent intimement liés jusqu’à la disparition soudaine de Guy Carcassonne, vingt-sept ans plus tard – une perte incommensurable pour Patrick Bruel, orphelin d’un meilleur ami devenu, avec les années, beaucoup plus encore : un grand frère, un confident… un socle.

En 1994, il publie son troisième album, éponyme (Bruel, 1994, rebaptisé 3), enregistré entre New York et Toulouse. Il met également sa notoriété au service de causes politiques, sociales et humanitaires, s’engage publiquement contre le Front national et participe assidûment aux tournées des Enfoirés pour soutenir Les Restos du Cœur.

En 1995, après la publication de son album live On s’était dit…, il tourne avec Jean Reno dans Le Jaguar, de Francis Veber, qui réalise près de 2,5 millions d’entrées, puis retrouve Alexandre Arcady dans K, tout en commençant à jouer au poker à un niveau professionnel. Il devient champion du monde en 1998 (lui aussi !), un titre qui lui permet de commenter les compétitions sur Canal+ quelques années plus tard. Cette même année 1998, Johnny Hallyday l’invite à partager ses quatre concerts au Stade de France, où 80 000 personnes lui réservent un accueil plus que chaleureux. Juste avant le siècle nouveau, il revient avec l’album Juste avant (1999), qui se vend à deux millions d’exemplaires, porté notamment par J’te mentirais et Au café des délices.

Musique et comédie continuent de rythmer la vie de Patrick Bruel dans les années 2000, alors que naissent ses deux garçons, Oscar (2003) et Léon (2005).

En 2001, il joue dans Le Lait de la tendresse humaine, de Dominique Cabrera. L’année suivante, il chante les années 1930 dans Entre-deux, qui le propulse à nouveau sur le devant de la scène artistique avec trois millions de ventes et une nomination comme Album de l’année aux Victoires de la musique. Cette même année, il retrouve les planches de théâtre en jouant avec Jacques Weber dans Le Limier, une pièce policière mise en scène par Didier Long au Théâtre de la Madeleine.

En 2004, il est à l’affiche avec Nathalie Baye d’Une vie à t’attendre, réalisé par Thierry Klifa, et d’El Lobo, un film espagnol signé Miguel Courtois où il joue un terroriste de l’ETA – un véritable rôle de comédien à contre-emploi. L’année suivante, il démarre l’aventure Winamax, site de paris sportifs et de jeux en ligne, avec Marc Simoncini, le fondateur de Meetic, Alexandre Ross et Christophe Schaming.

En 2006, il occupe les premiers rôles de la scène musicale comme cinématographique : son album Des Souvenirs devant est triple disque de platine, le conduisant sur les routes de France et des États-Unis, et il tourne avec Isabelle Huppert et François Berléand dans L’Ivresse du pouvoir, réalisé par Claude Chabrol, qui réunit plus d’un million de spectateurs en salle.

En 2008, il opte pour un format radicalement nouveau dans Seul… ou presque, une tournée acoustique où il retrouve son public dans un cadre plus intimiste : les liens se tissent si bien dans le calme voluptueux d’une petite salle de concert, une voix simplement portée par les instruments audacieusement débranchés.

En parallèle, il joue les rôles principaux dans Un Secret, de Claude Miller, nommé onze fois aux César en 2008, et Le Code a changé, de Danièle Thompson, qui comptent chacun près de deux millions d’entrées en salle. Il connait ensuite un succès public et critique foudroyant dans Le Prénom, une pièce de Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière mise en scène par Bernard Murat au théâtre Edouard VII, jouée à guichets fermés pendant dix mois (2010-2011) et adaptée au cinéma l’année suivante, ce qui vaut à Patrick Bruel une nomination pour le César du Meilleur acteur en 2013 après que le film ait réuni près de cinq millions de spectateurs.

À la fin de l’année 2012, il publie son septième album studio, Lequel de nous, point de départ d’une tournée exceptionnelle qui marque le retour triomphal de Patrick Bruel sur scène, avec plus de 150 dates et près d’un million de spectateurs, du mythique Royal Albert Hall de Londres au tout nouveau Grand Stade de Lille, qu’il remplit deux soirs de suite et où l’un des concerts, retransmis en direct sur TF1, réunit 6 millions de téléspectateurs.

En 2014, il est à l’affiche de plusieurs succès populaires du cinéma français dont Tu veux ou tu veux pas, une comédie de Tonie Marshall dont il partage l’affiche avec Sophie Marceau, Les Yeux jaunes des crocodiles, une adaptation du roman de Katherine Pancol signée Cécile Telerman ou encore Ange et Gabrielle, une comédie romantique d’Anne Giafferi.

L’année suivante, il publie un vibrant hommage à Barbara, histoire d’une rencontre entre un gamin de huit ans et une voix qui a fait chavirer son cœur et ne l’a jamais quitté. Très souvent je pense à vous…, dont le titre est emprunté à une phrase que la chanteuse lui avait écrite dans un échange épistolaire, n’est pas seulement un album : c’est le début d’un long voyage, de Paris à Charleroi et de Lausanne à Montréal, où Patrick Bruel part avec son public à la rencontre d’une artiste dont la force des mots et la justesse des harmonies continue à infuser les cœurs et les esprits. Un voyage avec, comme point d’orgue, une escale au Théâtre Mogador, là même où, vingt-cinq ans plus tôt, le jeune chanteur était allé applaudir puis rencontrer son idole.

En 2017, Patrick Bruel est à nouveau à l’affiche de plusieurs films dans des registres variés, du drame historique de Christian Dugay Un Sac de billes, adaptation du roman de Joseph Joffo, au drame italien Una Famiglia, de Sebastiano Riso, présenté en sélection officielle à la Mostra de Venise. Il prête également sa voix à un koala dans Tous en scène, un dessin animé américain de Garth Jennings.

À l’automne 2018, il revient sur le devant de la scène avec le single Tout recommencer, composé par Mickaël Furnon et produit par Vianney, qui sonne comme une promesse en prélude à son nouvel album, Ce soir on sort…, sorti le 2 novembre : tout recommencer pour continuer à inventer, chanter et faire chanter sans balayer le passé pour autant.

S’en suivra l’année suivante une tournée internationale, de la France au Canada en passant par la Suisse et la Belgique, avec une série de concerts à guichets fermés au Dôme de Paris-Palais des Sports en février et un concert évènement à Paris La Défense Arena le 6 décembre. En parallèle, il sera en janvier à l’affiche de Holy Lands, réalisé par Amanda Sthers, et il jouera en novembre avec Fabrice Luchini dans Le Meilleur reste à venir, le nouveau film de Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière, les complices du Prénom.

Nouvel album, nouvelle tournée, nouveaux films : Patrick Bruel continue donc, plus que jamais, de se réinventer pour le plus grand bonheur de son public, lui qui a fait chavirer des dizaines de millions de Français ces trente dernières années et dont la voix a traversé le monde, vendu plus de 15 millions d’albums, habité plus de cinquante films et des centaines de représentations théâtrales. Lui, aussi, qui a toujours porté les causes politiques, humanitaires et sociales qui lui tenaient à cœur. Un artiste mais aussi un membre de la société civile « qui l’ouvre quand c’est plus fort que lui ».